Le 5 novembre 2026
Volume 44, Numéro 9
Opinion

Mes élections en .... vrac

Un peu avant le 5 octobre dernier, j'ai pris une décision importante.

Comme toujours, différentes options s'offrent à nous et chacun de ces choix entraîne des implications importantes à long terme. Chaque camp essaie de nous séduire avec ses propositions et arrive un moment dans la vie adulte où il faut trancher et faire son choix.

J'ai décidé de remplacer mon grille-pain quatre-toasts par un deux-toasts.

Je gagnerai donc de l'espace sur mon comptoir de cuisine, au détriment de ma productivité en toasts. Un choix structurel en soi.

Accessoirement, j'ai aussi voté le lundi et suivi la soirée électorale religieusement. Pour les nerds comme moi, c'est l'équivalent des finales de la coupe Stanley !

Donc quelques réflexions en vrac :

S'il fallait une nouvelle preuve que les Québécois forment un peuple distinct et ne sont pas encore complètement américanisés, la dernière élection en est une. Cinq formations politiques ont réussi à cohabiter dans une même course électorale, sans déchirements sociaux importants, dans un climat relativement serein. Il faut dire par contre que les propositions concrètes n'étaient pas si diamétralement opposées au final.

Cela étant dit, on ne peut plus se permettre d'avoir des formations politiques qui récoltent plus de 10 % du vote et qui sont absents de l'Assemblée nationale en raison des incohérences de notre système électoral. Personne n'y gagne, le PQ et le PCQ en ont fait les frais aux précédentes élections et la CAQ en 2026. Par contre, modifier le mode de scrutin est une sacrée boîte de Pandore. Je ne me ferai pas d'amis en disant ce qui suit, mais dans un système comme le nôtre (uninominal à un tour), les régions moins peuplées sont surreprésentées. Est-ce encore soutenable à long terme alors que les grandes villes sont criblées de problèmes majeurs comme l'itinérance ou la crise du logement ? Par contre, un système proportionnel simple marginaliserait complètement une grande partie du territoire du Québec. Les électeurs pourront toujours critiquer les effets du système électoral, mais il sera très difficile de faire appel à la sagesse collective pour une question si complexe.

Il y a quand même pas mal de candidats antisystèmes qui ont gagné leurs élections. Je suis bien content qu'ils entrent à l'Assemblée nationale plutôt que de s'agiter dans les estrades. La France a tout fait pour bloquer le RN depuis des décennies et c'est une vague déferlante qui s'en vient. Au Québec, les électeurs ont permis quelque chose de plus sage: « Vous n'êtes pas d'accord avec comment ça marche? Venez essayer de faire mieux ». Pour tous ceux qui auront l'excuse facile pour expliquer les déceptions à venir du PCQ avec 19 députés, QS a mené de grands chantiers au fil des ans avec pas mal moins que ça.

La campagne de Christine Fréchette m'a fait penser aux personnes qui essaient de manger santé en enlevant juste les mauvais aliments des recettes. Je vais faire des biscuits sans sucre et sans beurre. Ouach c'est ben sec ! À la CAQ, on a voulu copier la recette de Mark Carney, mais avec la qualité d'exécution d'un conseil étudiant au Cégep.

Sur une note positive, j'avais déjà exprimé dans les pages de La vie d'ici ma déception de voir les partis plus marginaux ne pas réussir à communiquer avec les électeurs, et je dois reconnaître une grande amélioration. Un peu partout, des partis complètement inconnus quelques semaines avant la campagne ont réussi à faire parler d'eux, que ce soit dans des débats locaux ou par la magie des algorithmes. C'est sain, ça nourrit la réflexion et ça contribue – on l'espère – à réintéresser des gens à la politique.